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L’image de la rentrée 2018

24h rue Khao San (Bangkok), séquençage photographique des temporalités urbaines

Qui est l’auteur de cette image ?


Je suis Brenda Le Bigot, docteure en géographie. Ma thèse, soutenue en mai 2017, s’intitule « Penser les rapports aux lieux dans les mobilités privilégiées. Étude croisée des backpackers en Thaïlande et des hivernants au Maroc. ». Ce travail de thèse, au croisement entre études touristiques et migratoires, aborde la diversité des rapports aux lieux produits par des mobilités Nord-Sud, dans le cadre d’une mondialisation croissante des modes de vie. Il rend compte des ambivalences entre « chez-soi » et « ailleurs », entre « quotidien » et « hors-quotidien » marquant les pratiques spatiales de ces groupes. Aussi, il pointe les jeux de pouvoir favorisant ces populations mobiles privilégiées dans la construction d’un chez-soi temporaire dans un « ailleurs ». A travers le croisement des backpackers et des hivernants, la thèse dit, au final, comment la mondialisation, au-delà des interprétations uniquement individualistes des dynamiques contemporaines, reconfigure les cadres structurants de lecture des sociétés.

D’où cette image est-elle extraite ?


Cette image est extraite du dernier des neufs chapitres de la thèse. Après une première partie portant sur le positionnement de mon travail au sein des études sur la mobilité et une seconde partie qui décrypte les itinéraires à l’échelle large et les trajectoires biographiques individuelles, la dernière partie se concentre sur l’échelle locale des pratiques des backpackers et des hivernants. Ces groupes sont souvent associés aux questions d’entre-soi, notamment à travers le vocabulaire spatial du « ghetto » ou de « enclave », sans que cette dimension spatiale soit concrètement analysée. Le cœur du chapitre 9, en mobilisant la notion d’appropriation de l’espace, s’intéresse alors aux enjeux de séparation, échange et négociation entre les backpackers ou les hivernants et les autres groupes en présence sur leurs lieux de destination. L’image choisie s’attache dans ce cadre à décrypter le fonctionnement quotidien de la rue Khao San, emblématique du tourisme de backpackers et souvent décrite comme une enclave.

Comment cette image est-elle construite ?


La composition photographique proposée est le résultat de la mise en place d’un dispositif photographique depuis une chambre de l’hôtel DDin, située à peu près au milieu de la rue Khao San. Grâce au principe du time lapse, c’est à dire de la prise de vue selon un même angle, à un intervalle régulier de temps, ce dispositif permet d’appréhender par l’image les transformations du paysage urbain et de l’usage de l’espace de la rue. Les prises de vue, accompagnées de commentaires sur l’ambiances sonores, ont eu lieu toutes les heures entre le mardi 10 février 2014 à 10h30 et le mercredi 11 février à 10h30, donc pendant 24h, selon trois angles de vue, vers l’est, vers l’ouest, et en face de la fenêtre. L’analyse des photographies obtenues permet d’identifier un séquençage d’une journée type de la rue Khao San selon quatre dynamiques principales (présentées en quatre colonnes), à partir des trois angles de vue (présentés en trois lignes).

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?


J’ai choisi de montrer cette image d’abord car elle permet de décrypter les manifestations spatiales du rapport de pouvoir entre locaux et backpackers. La description primaire de l’image met en valeur la très forte transformation du paysage urbain au cours de la journée en lien avec les pratiques de consommation et de commerce très importantes dans cette rue en soirée. Mais au delà de ce constat, on saisit en parallèle une forte appropriation de l’espace par les backpackers, appropriation qui lui donne son statut d’enclave, mais aussi des stratégies des locaux pour construire et tirer partie de cette enclave. L’utilisation de la chaussée par les vendeurs de rue, et notamment la rotation, sur un même bout de trottoir, des marchandises et services proposés en fonction de l’heure (souvenir à 18h, bière à 20h, massage à 1h), montre que les micro-mobilités des marchands maintiennent le backpackers dans la rue, puisqu’ils y trouvent, quelque soit l’heure, tout ce qu’ils cherchent.
Ensuite, j’ai choisi cette image pour souligner la place, dans les conditions de production de la recherche, de l’adaptation et l’improvisation au sein des méthodes d’enquête. En effet, c’est principalement en déambulant dans la rue que j’ai d’abord cherché à comprendre le fonctionnement de Khao San Road. C’est en choisissant une chambre avec fenêtre, parce qu’elles étaient les moins chères d’un hôtel au sein duquel je voulais enquêter, que l’idée d’observer la rue d’en haut, m’est venue. La combinaison entre observation participante dans la rue, anticipée dans la préparation du terrain, et cette opportunité inattendue d’observation statique et panoramique de la rue s’est avérée particulièrement stimulante.

Updated on : 12 January 2018

 
 

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