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ANR

GéoandCo

Durée : 2006-2010

Suite au mouvement de décolonisation, des travaux critiques ont contribué au renouvellement de l’historiographie sur les relations entre sciences sociales et impérialismes européens. A la fin des années 1970, E. W. Said a montré l’importance de la domination culturelle dans l’entreprise impériale, en qualifiant l’impérialisme " d’acte de violence géographique, par lequel la quasi-totalité de l’espace mondial est exploré, cartographié et finalement annexé ". Cette conception, assimilant la géographie à un instrument impérial, a fortement influencé toute une historiographie, notamment les historiens des sciences anglo-saxons. Dans le cadre des études post-coloniales , science géographique et impérialisme européen ont été ainsi présentés comme deux éléments indissociables . Ces études ont concerné essentiellement l’empire britannique, et l’on ne peut que constater le manque de travaux d’ampleur similaire dans le cas français. En effet, les liens entre géographie et empire restent encore peu explorés par la recherche française, à quelques exceptions près (D. Lejeune, V. Berdoulay, O. Soubeyran). Toutefois, ces questions font l’objet d’un nouvel intérêt, comme en témoignent les travaux très récents d’une nouvelle génération d’historiens (H. Blais, M. - A. de Suremain, P. Singaravélou, I. Surun, F. Thomas) et de géographes (C. d’Alessandro, F. Deprest). C’est dans ce contexte que s’est constituée notre équipe pluridisciplinaire.

Il n’est pas douteux que l’appropriation de l’espace par les savoirs géographiques a joué un rôle dans la conquête militaire et la domination politique des territoires colonisés. Cette intention de domination (" diviser pour régner ") a disqualifié l’interrogation épistémologique sur les procédures mises en oeuvre pour élaborer ces découpages. Cependant, il nous semble contre-productif d’affirmer cette domination a priori comme horizon téléologique de toutes connaissances sur l’espace. En effet, nous pensons qu’il serait plus pertinent d’examiner la construction des savoirs sur les espaces coloniaux en privilégiant l’analyse de la circulation des concepts, des méthodes, des modes de description et d’explication, circulation induite par le déplacement des producteurs (voyages, missions, mutations professionnelles) et par leurs réseaux de relations informels ou institutionnels.

Dans le cadre d’une recherche s’étendant sur 4 ans, il nous a semblé raisonnable de travailler sur l’Afrique française, en mettant l’accent sur les savoirs concernant les limites et les régions à différentes échelles. Les questions qui nous guident sont les suivantes : comment ont été construits, diffusés, modifiés les savoirs sur les délimitations des " grands espaces " (continent, aire culturelle, région bio-climatique) ? Comment sont tracées les limites entre Europe et Afrique, entre " Afrique blanche " et " Afrique noire ", entre steppe et désert, forêt et savane ? Comment sont élaborés les savoirs géographiques sur les délimitations à l’échelon local (carte des tribus, atlas des terroirs, reconnaissance des isolats, étude des fronts pionniers de la colonisation), sur les " genres de vie ", et notamment les distinctions entre nomades et sédentaires, ruraux et urbains ? Comment ces savoirs ont-ils interféré avec la construction des découpages militaires et civils des territoires, avec les discours sur la continuité territoriale et l’unité de l’Afrique française ? Ont-ils rendu compte des mutations socio-spatiales engendrées par la colonisation ?

A partir d’un corpus diversifié, comprenant des productions de géographes (ouvrages, articles, atlas, mémoires et archives personnelles), des archives militaires et des récits de campagne, des cartes et des images des espaces colonisés, des revues savantes, guides touristiques, manuels scolaires, nous souhaitons mettre en commun nos approches et nos méthodes d’analyse textuelles et iconographiques pour répondre à ces questions. Plusieurs étapes dans la recherche et sa valorisation sont prévues : dépouillement de corpus, présentation de dossiers lors du séminaire interne autour de problématiques communes. Par ailleurs, il nous semble indispensable d’inscrire ce projet sur l’Afrique française dans un cadre international, en confrontant nos résultats à ceux de chercheurs étrangers, travaillant notamment sur d’autres empires, que nous prévoyons d’inviter à notre séminaire mensuel, puis pour une journée d’études et enfin, à l’occasion de l’organisation d’un colloque international.

Date de mise à jour : 8 juin 2017

 
 

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