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L’image du mois de novembre 2016

Les jeux d’acteurs au sein du secteur des transports en Afrique du Sud


Qui est l’auteur de cette image ?


Solène Baffi, je suis docteure en Géographie depuis Janvier 2016. J’ai réalisé une thèse portant sur l’interaction entre ville et chemin de fer en Afrique du Sud sur le temps long. Dans le cadre de cette recherche, j’ai montré comment le chemin de fer est devenu un outil de contrôle du territoire et des populations utilisé à des fins ségrégatives par le pouvoir colonial, puis d’apartheid, tout en questionnant la possible réadaptation de ce transport dans le territoire et la société contemporaine. Je continue aujourd’hui mes recherches dans le cadre d’un postdoctorat à l’Université de Stellenbosch (en Afrique du Sud), où je m’intéresse désormais au lien entre transport et pauvreté dans l’aire fonctionnelle du Cap.

D’où cette image est-elle extraite ?


Cette image est extraite du chapitre 6 de ma thèse, intitulé « Le devenir incertain du chemin de fer dans les compromis de la transition ». Au cours de mes recherches, j’ai utilisé trois entrées pour aborder l’interaction entre territoire et société par le biais du transport ferroviaire : l’évolution de la forme du réseau, le type de circulation prise en charge par le réseau et la gestion du réseau. Dans le Chapitre 6, je traite d’un moment crucial en Afrique du Sud, à savoir le tournant des années 1990. Ces années marquent aussi bien le délitement puis l’explosion de l’État d’apartheid, que l’adaptation parfois difficile du nouvel État démocratique aux logiques de la mondialisation et de l’économie néolibérale ; dans ce contexte, le devenir du chemin de fer est problématique.
En effet, pendant le régime d’apartheid (et déjà auparavant pendant la colonisation) ce mode de transport est au cœur d’un système politique, social et économique dans l’objectif est de tenir à distance les populations jugées indésirables, mais dont la main d’œuvre est indispensable à la prospérité du pays. Au 20ème siècle, à l’échelle interurbaine le chemin de fer se construit donc en Afrique du Sud pour permettre la circulation de la population africaine depuis les bantoustans vers les pôles d’emploi et les zones minières. Ceci est notamment rendu possible par la proximité de l’agence ferroviaire, la SAR&H, véritable « État dans l’État », avec le pouvoir. Ainsi, dans le contexte de transition démocratique, le chemin de fer constitue un héritage délicat pour le nouvel État, aussi bien en raison de la forme du tracé du réseau que du système de gestion mis en place.
Peu à peu, une restructuration de l’agence est observée : d’abord par la création d’un opérateur de « transition », la South African Transport Service, puis par la division de celui-ci en deux entités, Transnet d’une part, et la SARCC d’autre part, aujourd’hui dénommée Prasa. Cette évolution est suscitée par la volonté du nouveau gouvernement de s’adapter aux logiques de l’économie néolibérale suite à sa réouverture politique et économique. Mais contrairement aux vagues de privatisation observées dans la plupart des pays africains à la même époque (sous l’effet des Plans d’Ajustement Structurel), la volonté du gouvernement de garder une mainmise sur ce secteur est représentative de la realpolitik de l’ANC. Héritage gênant, la priorité est clairement donnée au transport de fret à partir des années 1990, l’opérateur Transnet devenant une entreprise publique en charge de l’exploitation des différents réseaux mais également le gestionnaire des infrastructures (National Port Authority) et le régulateur du service. La création de Transnet et de Spoornet (division chargée de l’exploitation ferroviaire, de fret et de passagers) autorise donc à perpétuer le monopole auparavant pratiqué sur le transport ferroviaire à l’ensemble du transport de marchandises alors que le pays s’ouvre à l’économie mondialisée, et consacre la détérioration de l’offre de passager qui connaît un déclin continu à partir de cette époque.

Comment cette image est-elle construite ?


En cherchant à représenter les jeux d’acteurs au sein du secteur des transports, j’ai longuement hésité sur la méthode à adopter. En effet, les reconfigurations de l’opérateur de transport ferroviaire sur le temps long en Afrique du Sud sont relativement complexes et demeurent largement dépendantes du contexte politique et économique en raison de la proximité de l’opérateur historique (la South African Railway & Harbour) avec le pouvoir. Par ailleurs, en replaçant les évolutions des institutions étatiques dans un contexte international j’ai également souhaité dé-singulariser le cas sud-africain en identifiant certaines influences internationales, y compris durant l’apartheid.
Je me suis alors inspirée des représentations élaborées par G. Djament-Tran pour intégrer une dimension chrono-systémique aux évolutions du jeu d’acteur. L’exploration de la littérature grise produite par les différents opérateurs de transport (y compris via l’exploitation de sources d’archives) m’a permis de retracer les évolutions des différentes entités en charge de l’exploitation du réseau ferroviaire. Des entretiens avec des employés de Transnet, des consultants et des acteurs de la gouvernance des transports en Afrique du Sud m’ont ensuite aidée à préciser les effets de contexte politique et économique influant sur les différentes reconfigurations du jeu d’acteur et leurs conséquences en termes de gestion du réseau et de rapport de force.

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?


J’ai choisi cette image car elle me semble quelque peu atypique en géographie. Pourtant, dans le cadre de mon travail de thèse, la représentation de ces interactions m’a permis de montrer le lien qui existe, en Afrique du Sud, entre gestion du réseau et construction territoriale sur le temps long.

Date de mise à jour : 22 mars 2017

 
 

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