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L’image de février 2016

Synthèse spatio-temporelle de l’expérience de la marche de Loizos

Passez sur l’image pour un zoom sur les détails de la carte.

Qui est l’auteur de cette image ?

Dimitra Kanellopoulou. Cette image résulte d’une enquête sur le terrain réalisée dans le cadre de ma thèse, soutenue le 7 décembre 2015. Ma thèse, “La marche plurielle : aménagements, pratiques et expériences des espaces publics au centre d’Athènes" a été dirigée par Petros Petsimeris au sein de l’équipe PARIS. Dans le cadre de ma recherche, j’ai mobilisé des méthodes qualitatives d’observation des pratiques pédestres sous l’objectif de comprendre les usages quotidiens des lieux publics à Athènes. Je suis actuellement ATER à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et poursuis mes recherches sur l’expérience de la marche et sur les projets de piétonnisation au centre historique d’Athènes.

D’où cette image est-elle extraite ?

L’image est extraite du dernier chapitre de ma thèse (p. 610), intitulé « Synthèse spatio-temporelle de l’expérience de la marche de Loizos ». L’image représente l’itinéraire fait avec un habitant du centre athénien, Loizos, pendant son trajet quotidien entre le lieu de son travail et le lieu d’habitation. En accompagnant vingt Athéniens, au total, pendant leurs itinéraires quotidiens, ma recherche révèle et explicite, un éventail de manières d’interagir avec l’environnement traversé à pied. Les piétons tissent leurs itinéraires au fur et à mesure de leurs déambulations, en s’appuyant sur un guide émotionnel combinant des croyances culturelles, des représentations communes et des stimuli sensoriels qui font de la marche une pratique créatrice d’espace public. La marche devient ainsi un instrument permettant de valoriser les identités plurielles de la ville. Par conséquent, l’expérience de l’espace public dépasse les limites de ce qui peut être vu ou senti. La valeur sociale de la pratique de la marche repose ainsi sur les différentes manières d’habiter l’espace urbain tout en se sentant capable d’y interférer pour le (re)définir. La fabrication de parcours multiples facilite une compréhension polysémique des lieux et dessine la dimension démocratique de l’espace public.

Comment cette image est-elle construite ?

L’image est le résultat graphique de la retranscription de la trajectoire et de l’enregistrement de la parole de Loizos au cours de cette marche partagée (entre habitant et chercheuse). Tous les participants ont été choisis selon deux critères : leur profil social et l’itinéraire qu’ils ont proposé. L’objectif était de choisir des personnages et des itinéraires à analyser aussi différents que possible entre eux afin d’augmenter la variété des informations. Les trajets sont effectués entre vingt minutes et une heure et ont tous été choisis en avance par les participants. Tout en marchant, les gens ont été encouragés à parler vaguement de leurs interactions avec leur entourage. Je marchais côte à côte avec le citoyen, en essayant d’intervenir au minimum à sa parole spontanée. Des photographies ont été prises à des endroits ou à des ‘situations’ que le participant indiquait (numéros à coté de la trajectoire indiquée sur la carte). La transcription de l’audio de la marche avec les habitants a révélé cinq thèmes de commentaires plus couramment évoqués : des souvenirs, des commentaires sur le bâti, des commentaires relatifs aux transports ou aux déplacements, des commentaires sur la sociabilité ainsi que des réflexions générales sur la ville. L’itinéraire avec Loizos a été retranscrit sur une carte donnant des informations à plusieurs niveaux (trajet, temps, liaison des commentaires à l’espace traversé) qui vise à communiquer de manière lisible le parcours de l’expérience personnelle de la marche. Les ambiances, les habitudes, les humeurs et les souvenirs créent la façon dont chacun habite l’espace public. Il est le but de ce sentier coloré de démêler espaces publics expériences et devenir un guide potentiel dans les mains du planificateur.

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?

L’intérêt de cette carte relève d’abord de la méthode de sa production :
Examiner de près des itinéraires quotidiens des athéniens m’a permis de montrer que marcher est une expérience de l’espace public qui surpasse les questions du confort ou du sensible. La narration des participants m’a donné la possibilité de découvrir des propos qui seraient difficilement captés à travers des questionnaires et qui n’ont pas souvent l’occasion d’être entendus dans la sphère publique. Enquêter la marche au moment où celle-ci s’effectue m’a permis de mettre en évidence une pléthore de manières d’interagir avec l’espace. Les cartes de synthèse spatio-temporelle donnent des informations précises sur les aspects sensibles et sociaux d’un lieu. Le parcours est plus qu’une trajectoire, c’est un continuum d’interactions avec l’urbain et une manière de vivre dans celui-ci. Des mémoires d’appartenance, le rapport à l’autre et les émotions, sont des éléments constructifs des séquences du parcours. La pluralité des profils des marcheurs fait surgir des manières de marcher. Cette polyphonie de la marche enrichit l’image officielle ou prépondérante attribuée aux lieux ou véhiculée par ceux-ci. L’espace du marcheur est un espace public empli de relations et de significations qui évoluent dans le temps. La compréhension de la façon dont les gens expérimentent la marche et donnent un sens aux lieux, permet de mieux saisir le fonctionnement de ces derniers dans le temps et de mieux interpréter la manière dont ils peuvent être conçus.

Date de mise à jour : 24 février 2016

 
 

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