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L’image de novembre 2015

Le logement de Sabrina, un duplex de 105 m2 à la Plaine Saint-Denis

Qui est l’auteur de cette image ?

Lina Raad. Je suis docteur en géographie et aménagement. J’ai fait ma thèse au CRIA sous la direction de Sylvie Fol. Ma thèse porte sur les transformations sociales en banlieue rouge et la gentrification, et croise l’analyse des politiques locales de l’habitat et l’inscription résidentielle des classes moyennes. J’ai réalisé une enquête de terrain dans trois villes dirigées par le Parti communiste depuis les années 1920 : Bagnolet, Saint-Denis et Vitry-sur-Seine. Je suis actuellement post-doctorante au sein du Labex Futurs Urbains, dans le groupe de travail Justice, Espace, Discriminations, Inégalités. Je poursuis des recherches sur les commerces dans les quartiers populaires de la banlieue parisienne, en lien avec les dynamiques de gentrification.

D’où cette image est-elle extraite ?

Cette photographie est extraite du chapitre 7 de ma thèse qui porte sur les stratégies résidentielles des classes moyennes en banlieue rouge. Plus précisément, c’est un passage de ma thèse où j’expose les différentes aspirations et exigences des classes moyennes à l’égard du logement, qui les conduisent à venir s’installer dans les quartiers populaires de proche banlieue. Cette photographie illustre les stratégies résidentielles de certains ménages qui expriment une préférence pour les logements neufs et valorisent leur confort et modernité.

Comment cette image est-elle construite ?

Cette image fait partie des quelques photographies que j’ai pu prendre de l’intérieur des logements de mes enquêtés. A côté de cette illustration d’un logement neuf figurent aussi des photographies de logements anciens réhabilités, parfois d’anciens locaux industriels. Cette photographie prise dans le salon laisse entrevoir un logement spacieux, lumineux (la photographie est prise en hiver), et on aperçoit également une des terrasses du logement, ainsi que l’escalier qui mène à l’étage supérieur. La légende apporte des précisions sur la taille du logement et ses pièces, ainsi que son prix d’achat : c’est un duplex composé de quatre pièces très spacieuses, qui comprend trois terrasses. Il est habité par un couple d’une cinquantaine d’années, sans enfant : Sabrina est urbaniste et son compagnon est agent immobilier indépendant. Le couple cumule des revenus d’environ 8 000 euros net mensuels.

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?

Il me semble que cette photographie illustre bien les exigences des classes moyennes à l’égard du logement et permet de relativiser l’influence des contraintes économiques dans leurs choix résidentiels. Ainsi elle permet de souligner que ces choix résidentiels résultent d’un ajustement des aspirations aux contraintes. Les travaux sur la gentrification et les discours des élus de proche banlieue insistent beaucoup sur les contraintes économiques qui pèsent sur les ménages de classes moyennes, et les présentent parfois comme « chassés » de Paris par la hausse des prix de l’immobilier. Les enquêtés eux-mêmes insistent sur les contraintes qui les ont conduits à venir s’installer en proche banlieue et estiment pour certains qu’ils « n’avaient pas le choix ». A l’inverse de ces discours, j’ai montré dans ma thèse que l’installation en banlieue rouge constitue bien un choix, dans la mesure où d’autres options étaient envisageables. Elle permet à ces ménages de satisfaire leurs exigences de logement : accéder à la propriété tout en emménageant dans un logement plus grand, disposer d’un espace extérieur (cour, jardin ou terrasse) et parfois d’un espace de travail au sein du logement. Si certains expriment une préférence pour l’habitat ancien comme l’ont souligné les travaux sur la gentrification, d’autres sont davantage attirés par le logement neuf, à l’image de Sabrina. Pour tous les ménages que j’ai enquêtés, le logement fait en tout cas l’objet d’un fort investissement matériel et symbolique. En s’installant en proche banlieue, les ménages peuvent donc réaliser leurs projets résidentiels, tout en restant à proximité de la capitale.

Date de mise à jour : 5 novembre 2015

 
 

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