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L’image de juin 2015

Beuningen : publicité pour la vente d’un terrain municipal

 

Qui est l’auteur de cette image ?

Nicolas Persyn. Je suis docteur en Géographie et Aménagement de l’Université Paris 1 depuis novembre 2014. Ma thèse, réalisée au sein de l’équipe CRIA de l’UMR Géographie-Cités, portait sur les politiques foncières locales en soutien à la production de logement. Il s’agissait d’étudier en détail les pratiques de mobilisation et de maîtrise foncières de communes et intercommunalités dans des agglomérations moyennes, en France et aux Pays-Bas. Les principaux résultats montrent l’importante diversité des modes d’action foncière à l’échelle locale, ainsi que le caractère technique de ces politiques foncières, qui ne sont pas appréhendées comme des politiques publiques à part entière. J’ai également mis en avant les transformations actuelles des politiques foncières locales. Aujourd’hui ATER à l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional d’Aix-Marseille, je poursuis mes travaux sur les questions foncières et les politiques locales de l’habitat et de l’urbanisme.

D’où cette image est-elle extraite ?

Cette photographie est extraite du chapitre 4 de ma thèse, qui présente une typologie des modes d’action foncière, et insiste sur leur diversité. Plus précisément, elle illustre le cas de la municipalité de Beuningen, aux Pays-Bas, dans l’agglomération de Nimègue (province de Gueldre). Avec quatre autres municipalités, Beuningen a en effet constitué un de mes cas d’étude néerlandais. Cette municipalité est un cas extrême d’interventionnisme foncier dans la plus pure tradition néerlandaise, qui l’a presque conduit jusqu’à la faillite.

Comment cette image est-elle construite ?

J’ai pris cette photographie juste avant un entretien avec l’adjoint à l’urbanisme de Beuningen, alors que je me promenais dans la commune pour la découvrir. Quand je suis passé devant ce panneau, je me suis dit qu’il y avait là quelque chose d’intéressant, bien que je ne sois pas capable de lire le néerlandais… Mais un panneau avec le nom de la commune, une indication de surface, sur un terrain nu, cela ne pouvait qu’être intéressant pour quelqu’un s’intéressant aux pratiques foncières des collectivités.

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?

Cette photographie est pour moi tout à fait révélatrice des fortes tensions qu’ont connu les politiques foncières néerlandaises dans la dernière décennie. Depuis les années 1950, les municipalités néerlandaises avaient mis en place un puissant système d’interventionnisme foncier, achetant des terrains à aménager en grand nombre, et établissant alors une situation de quasi-monopole sur les marchés de l’aménagement foncier. Autour des années 2000, un certains nombre de facteurs ont battu en brèche ce monopole, et la plupart des municipalités ont abandonné cette tradition laissant une plus grande place aux acteurs de marché, promoteurs et bailleurs, qui se sont mis à acquérir des terrains pour les aménager. Mais certaines municipalités, comme Beuningen, n’ont pas su prendre ce tournant et ont continué à acquérir massivement des terrains, que l’atonie du marché immobilier autour de 2010 rend très difficile à vendre. En 2012, la municipalité de Beuningen, qui ne parvenait pas à vendre ses terrains à des prix permettant de rembourser leur achat, estimait que cette politique impliquait une perte de près de 47 millions d’euros, pour une municipalité de 25000 habitants au budget annuel de 52 millions d’euros... Comme quelques autres municipalités aux Pays-Bas, Beungingen est au bord de la faillite. Elle doit donc tenter de se séparer au plus vite de ces actifs fonciers qui tendent à perdre de la valeur. La photographie montre donc une des stratégies mises en place, qui consiste tout simplement à faire de la publicité pour un terrain, comme le ferait un particulier ou un aménageur privé. Alors qu’on a plutôt tendance à observer, en France comme au Pays-Bas, des pratiques de démarchage des collectivités par les acteurs privés type promoteur, c’est ici l’inverse qu’on observe : une collectivité publique qui s’est comportée, et se comporte encore, avec tous les risques que cela suppose, comme un acteur privé de l’aménagement. C’est ce décalage qui m’a paru intéressant. Cela montre également la différence avec ce qu’on observe en France : ce genre d’affichage est quasiment inédit en France, les communes ayant des pratiques moins interventionnistes, et n’achetant en général des terrains que dans le cadre d’opérations d’aménagement, ce qui garantie assez souvent qu’il seront vendus.

Date de mise à jour : 10 juin 2015

 
 

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