Menu | Contenu | Retour | Actualités | Progression | Rechercher | Pied de page | Accessibilité | Plan du site | Accueil


                      
                      
Accueil « Archives « L'image du mois « L'image de janvier 2015

L’image de janvier 2015

Géographes se classant "analyse spatiale"

 

Qui est l’auteur de cette image ?

Sylvain Cuyala : cette image est une planche cartographique issue de ma thèse, soutenue le 20 octobre 2014. Cette dernière propose l’Analyse spatio-temporelle d’un mouvement scientifique en prenant L’exemple de la Géographie théorique et quantitative européenne francophone. Mon travail est à l’intersection des équipes EHGO et PARIS puisqu’il mobilise notamment les approches de l’analyse spatiale pour étudier la science.

D’où cette image est-elle extraite ?

Cette image est extraite du chapitre 3, intitulé "Une analyse spatio-temporelle d’un mouvement scientifique par l’affiliation de ses acteurs". Elle a été ensuite utilisée dans un article paraissant dans L’Espace géographique, co-publié avec Hadrien Commenges, intitulé "La diffusion de la géographie théorique et quantitative en France : quel modèle de diffusion ?", numéro 4 de 2014.

Comment cette image est-elle construite ?

Les études sur la science mobilisent une grande diversité de sources et de méthodes. Malgré cette diversité, il existe une source largement inexploitée alors qu’elle est disponible dans de nombreuses disciplines et permet une analyse systématique, à la fois dans le temps et dans l’espace : le bottin ou répertoire professionnel. Cette image est issue d’un travail sur le Répertoire des géographes français, édité tous les 4 ans de 1969 à 2007 par l’UMR PRODIG (ex-Intergeo). Ce Répertoire comporte notamment un index des thèmes de recherche avec le nom des géographes ayant choisi chacun des thèmes : les géographes choisissent des thèmes dans une liste proposée a priori par le laboratoire Intergeo. Cependant, ils ont la possibilité de rajouter d’autres thèmes plus précis n’entrant pas dans la liste proposée. Leur choix traduit une appartenance à un courant, à un mouvement, ou à une spécialité disciplinaire, mais il ne dit rien sur la recherche effectivement produite par le chercheur.
Grâce à l’exploitation de cet index des thèmes de recherche et de l’index des lieux, il devient possible de cartographier la distribution spatiale du thème. Deux informations sont représentées sur cette planche cartographique : les effectifs du thème de recherche "analyse spatiale" par lieu et la spécialisation des lieux dans ce thème de recherche. Cette spécialisation est mesurée par un quotient de localisation qui est le rapport entre le pourcentage local et le pourcentage global d’individus déclarant le thème (Pumain et Saint-Julien 2004). Plus précisément, pour un lieu et un thème donné, le pourcentage local est le rapport entre le nombre de géographes du lieu ayant choisi le thème et le nombre total de géographes de ce lieu. Le pourcentage global est le rapport entre le nombre total de géographes ayant choisi le même thème en France et le nombre total de géographes en France. Lorsque ce rapport est supérieur à 1, le lieu montre une spécialisation comparativement à la distribution d’ensemble alors que lorsque ce rapport est inférieur à 1, le lieu montre une sous-spécialisation comparativement à la distribution d’ensemble.
Les deux informations, effectifs et spécialisation, sont intéressantes puisqu’elles apportent un éclairage complémentaire sur la spatialisation de la discipline par rapport aux analyses opérées dans la thèse.

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?

Cette image est caractéristique de l’approche socio-démographique que je revendique dans ma thèse. Avant de sélectionner "analyse spatiale", j’ai mené un important travail sur la sélection de mots-clés par des acteurs. Il suppose en effet que les individus s’affilient à un groupe par l’adoption de mots-clés qui caractérisent leur travail et participent d’un projet commun, et qui donc symbolisent une adhésion. Un va-et-vient a été opéré entre le choix initial des mots-clés comme marqueurs de l’appartenance au mouvement "théorique et quantitatif" et les dires des acteurs sur les enjeux et les motivations de ces choix. Ce choix permet de montrer un processus de diffusion du mouvement :
• en 1989, date d’apparition du mot dans le Répertoire, la région parisienne concentre une grande partie des géographes ayant choisi cette expression. Sur les restes du territoire, les autres lieux d’amorce et les lieux de diffusion consolidée du mouvement sont représentés mais pas uniquement. On observe également d’autres centres universitaires touchés par la diffusion de la géographie quantitative mais dans lesquels elle ne s’est pas consolidée : Brest, Rennes ou Le Mans.
• en 1998, il s’est diffusé sur l’ensemble du territoire tout en se concentrant fortement dans les lieux de cristallisation du mouvement scientifique : Strasbourg, Besançon, Montpellier, Nice. On remarque aussi une forte concentration dans les lieux de diffusion non consolidée, Bordeaux, Toulouse, Brest, Rennes et Caen. En termes d’affiliation, l’« analyse spatiale » de la fin des années 1990 semble donc correspondre au moment fort de diffusion sur l’ensemble du territoire, avec des assises très importantes dans les lieux d’amorce et de consolidation du mouvement scientifique et intellectuel.
• 2007 montre que même si les lieux d’amorce et de consolidation de la géographique théorique et quantitative restent présents, les centres universitaires de l’Ouest de la France possèdent une concentration plus forte à la fois en termes absolus et relatifs. En région parisienne, lieu de concentration majeure du mot à son apparition, le décrochage est très marqué.

Date de mise à jour : 7 janvier 2015

 
 

Géographie-cités 2011, Tous droits réservés