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L’image de novembre 2014

Saint-Anthème (Puy-de-Dôme), le long de la D996, samedi 25 août 2007

 

Qui est l’auteur de cette image ?

Alexis Pernet, je suis paysagiste et docteur en géographie. Je suis aujourd’hui enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. Je suis l’un des auteurs de cette image.

D’où cette image est-elle extraite ?

Cette image a connu plusieurs formes de publications. La toute première s’inscrit dans une démarche locale de médiation paysagère, sur un territoire appartenant au Parc naturel Livradois-Forez en Auvergne. Pour témoigner du processus de médiation auprès des habitants de la vallée concernée (l’Ance), une lettre de quatre pages était diffusée chaque semestre. J’en assurais la conception graphique et une partie de la rédaction, et elle était ensuite imprimée à 3 000 exemplaires. Chaque lettre s’ouvrait sur une image jugée représentative d’une étape de la démarche. Ces documents ont ensuite trouvé une place centrale dans ma thèse, non comme une annexe ou un sous-produit du travail de recherche. Construire des outils pour la médiation était l’un des enjeux de cette recherche. Ces supports de communication ont été reproduits in extenso dans ma thèse, en regard d’un journal de bord, rédigé au fil de la démarche. Quand j’ai publié cette thèse (2014, Le grand paysage en projet ; histoire, critique et expérience, Genève, Editions Métispresses), j’ai conservé à la fois ce journal et la trace documentaire du processus de médiation, avec le récit de son élaboration, ses réussites et échecs, ses phases de repositionnement.

Comment cette image est-elle construite ?

C’était en août 2007. Après plusieurs mois de collecte d’images dans les archives, les album-photos et les cartons à chaussure des habitants de la vallée, nous en avions sélectionné une quarantaine pour constituer des séries diachroniques, sur le mode d’un observatoire photographique du paysage. Ce jour là, nous avons parcouru le territoire avec un groupe d’habitants volontaires et deux photographes professionnels, de l’Observatoire photographique des territoires du Massif central, retrouvant les lieux, les points de vue, enquêtant lorsque cela était nécessaire pour reconduire ces images. Cette carte postale des années 1960 représente l’entrée du bourg de Saint-Anthème. Qui aujourd’hui oserait éditer des cartes postales d’entrée de ville (hormis un artiste, comme Gauthier Sibillat par exemple) ? Nous avons eu du mal à retrouver l’endroit et le cadrage. Seul le faitage du garage et l’arrière-plan des collines nous ont permis de « refaire » la photographie. Ce que nous avons photographié, c’est l’absence des arbres (les érables de la carte postale), et évidemment la route d’aujourd’hui, élargie, qui conduit au rond-point. J’ai demandé à Pierre Enjelvin de tenir le document qui nous servait de référence, et c’est le paysagiste Stéphane Duprat, qui nous accompagnait ce jour là, qui a déclenché l’appareil. Qui est vraiment l’auteur de l’image ?

Pourquoi as-tu choisi de montrer cette image ?

Je ne sais pas si le spectateur de l’image fait immédiatement la relation entre l’arrière-plan et le document brandi ; s’il opère cette jonction, peut-être s’identifie-t-il à la personne qui tient le document en main, et plonge alors dans une sorte d’enquête qui met immédiatement en question les modes de fabrication des paysages du quotidien. On peut fabriquer un discours très alarmiste avec ce document, qui a une fonction première d’interpellation. Les organisations comme le Touring Club de France ont très tôt utilisé la photographie pour dénoncer « l’enlaidissement » des paysages, leur banalisation. Si on suspend un peu ce jugement, une chose m’intéresse dans la scène d’aujourd’hui : les voitures sur le bas-côté sont stockées pour être vendues ; la voiture orange est déjà d’un autre âge : les Directions départementales de l’Equipement n’existent plus, leurs subdivisions ont fermé, ou ont été transférées aux collectivités. Le retrait de ces services publics pose aujourd’hui question dans l’espace rural. La qualité des routes demeure un enjeu fort pour les populations. Il est sans doute possible de réinventer un paysage routier, à condition peut-être de réfléchir à l’évolution de l’ingénierie qui accompagne le projet de ces territoires. Elle devra être moins normative, mais demeurer inventive, à la fois gestionnaire et efficace. Des questions très ouvertes se posent à partir d’un endroit comme celui-ci.

Date de mise à jour : 7 janvier 2015

 
 

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