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Etienne TOUREILLE

Doctorant
P.A.R.I.S

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Etienne Toureille est actuellement doctorant au sein de l’équipe P.A.R.I.S. de l’UMR Géographie Cités. Il occupe également, depuis 2011, un certain nombre de responsabilités en tant qu’enseignant dans le cadre de formations du premier et second cycle universitaire (Université Paris Diderot, ENS de Lyon).

"L’objectif ma thèse est d’évaluer la place de la Turquie dans le Monde à partir de différentes approches du problème empruntant à la géographie régionale, la géographie politique et la géographie des représentations. Ce travail se situe dans le champ des études européennes et fait suite aux débats sur l’intégrabilité de la Turquie dans le milieu des années 2000.
Il est, en effet, courant de considérer la Turquie comme un pays situé aux portes de l’Europe, selon un certain nombre de présupposés d’une géographie prétexte. En choisissant d’aborder ce problème à l’aide des concepts et outils du géographe, notre propos est de démontrer la nécessité d’aboutir à une réponse non-univoque sur un problème convoquant l’« Europe », objet hybride et polysémique ; une approche permettant de restituer les appartenances multiples d’une Turquie située entre trois mondes (Asie centrale, Moyen-Orient, Europe) doit laisser la porte ouverte au flou et à l’incertitude.
Dans ce but, mon travail ambitionne la rencontre de différentes approches, tant théoriques que méthodologiques.
Une première dimension de cette thèse repose sur un exercice de régionalisation (région fonctionnelle/région homogène) confrontant l’utilisation de critères et indicateurs "objectifs" et des matériaux divers prenant en compte la question des représentations des populations turques par rapport à cette question.
La seconde dimension de ce travail, en se recentrant sur une population spécifique (les étudiants turcs), s’intéresse au positionnement de cette population dans le Monde (et par rapport à l’Europe) d’un point de vue plus métaphorique, à travers une géographie de l’attractivité et de la répulsion des lieux (villes/pays). L’objectif est ici de faire émerger une géographie du monde turco-centrée susceptible de contribuer à éclairer ce problème central des études européennes en y intégrant le point de vue des populations.
De fait, l’une des originalité de ce travail consiste en la mise en dialogue de différentes méthodes de « production » des données et de traitements de matériaux divers, combinant des éléments propres aux champs des méthodes dites « quantitatives » à celles des méthodes dites « qualitatives », dans la mesure où les résultats des enquêtes par questionnaires récupérées (750 enquêtés - 2009) ou réalisées par nos soins (plus de 750 enquêtés - 2013) sont confrontés aux résultats d’une enquête intermédiaire basée sur un protocole d’enquête par entretiens (50 enquêtés - 2012).

Plus généralement, je m’intéresse tout particulièrement aux problématiques de triangulation ou de convergence des méthodes dans le cadre d’une géographie politique soucieuse de resituer les pratiques et représentations du niveau agrégé (groupe/représentations dominantes) au niveau individuel. Une ambition qui converge avec mes activités d’enseignant (initiation aux techniques qualitatives, initiation à la statistique et à la cartographie, la pratique critique de la statistique)" [pour en savoir plus : voir la rubrique THEMES DE RECHERCHE et la rubrique PARCOURS PROFESSIONNEL]

FORMATION

Doctorat de Géographie, Université Paris Diderot – Paris 7, depuis septembre 2011

Master 2 Recherche, « Géoprisme », Sciences des Territoires, (anciennement « Carthagéo Recherche »), Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, 2011

Agrégation de Géographie, 2010

Master 1 de Géographie, Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne, 2009

Classe préparatoire Lettres et Sciences Humaines, Lycée Lakanal (92), 2008

Classe préparatoire Lettres et Sciences Humaines, Lycée Louis Thuillier (80), 2006, 2007

Baccalauréat Scientifique, mention "européenne allemand", Lycée Robert de Luzarches (80), 2005

DISTINCTIONS, BOURSES

Contrat doctoral de l’Université Paris Diderot – Paris 7, 2011-2014

3e Prix du Concours de Posters Scientifiques du Festival International de Géographie de Saint-Dié des Vosges, 2012, Les Étudiants turcs et l’Europe, des représentations et des pratiques en dissonance Poster

PARCOURS PROFESSIONNEL

ATER à l’Ecole Normale Supérieure de Paris - département de Géographie 2016-2017

ATER à l’Université Paris Diderot-Paris 7 - UFR GHES 2015-2016

ATER à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon - département de Sciences Sociales 2014-2015

Mission d’enseignement à l’Univ. Paris Diderot – Paris 7 - UFR GHSS 2011-2014

Doctorant – UMR Géographie Cités, équipe P.A.R.I.S., Univ. Paris Diderot - Paris 7, depuis septembre 2011

PUBLICATIONS

Revues à comité de lecture

Guérin-Pace, F., Toureille, E., et Grasland, C ; « The world and Europe in the eyes of Turkish undergraduate students », Belgeo [En ligne], 4 | 2014, mis en ligne le 20 décembre 2014, URL : [http://belgeo.revues.org/15026]

Toureille, E., 2013, "Les étudiants turcs et l’Europe, des représentations et des pratiques en dissonance", M@ppemonde (revue en ligne), n°108, 1er semestre 2013, URL : [http://mappemonde.mgm.fr/num36/fig12/fig12406.html]

Autres revues

Toureille, E., 2015, « Les difficultés du voyage en Europe pour les étudiants turcs, quelles conséquences pour l’image de l’Europe ? », Les Cahiers d’ADES, n°10, UMR ADESS, Bordeaux.[http://www.ades.cnrs.fr/spip.php?article1315]

Chapitre d’ouvrage

Toureille, E., Morange, M., et, Schmoll, C., 2016, "Cartes mentales et autres techniques projectives visuelles", in, Morange, M., et Scmoll, C., (dir), Les outils qualitatifs en géographie, Paris, Armand Colin, 224 p.

COMMUNICATIONS / COLLOQUES

Colloques avec actes

Toureille, E., 2012, "Les difficultés du voyage en Europe pour les étudiants turcs, quelles conséquences pour l’image de l’Europe ?", Colloque Voyage, connaissances, perceptions et (im)mobilités, Dixième journée de la Géographie de l’Association Doc’Géo, 23 novembre 2012, Bordeaux

Colloques sans actes avec comptes rendus/proceedings

Grasland, C., et, Toureille, E., 2015, "La Méditerranée dans la division régionale du Monde", 52e colloque de l’Association de Science Régionale de Langue Française, 7-9 juillet 2015, Montpellier

Toureille, E, 2014, "L’image du monde après la crise à travers une analyse diachronique des préférences résidentielles des étudiants turcs, Fronts et frontières des sciences du territoire : deuxième colloque du Collège International des Sciences du Territoire - CIST 2014, 27-28 mars 2014, Paris [http://www.gis-cist.fr/wp-content/uploads/2014/02/toureille.pdf]

Toureille, E., 2013, "Europe seen by Turkish students : a mental definition from a non-eurocentric point of view", EUGEO conference, september 2013, Rome.

Autres colloques

Toureille, E., 2013, "La notion d’espace euro-méditerranéen est-elle pertinente pour l’analyse des cartes mentales d’étudiants turcs ?", Colloque Intégration(s) en Méditerranée, 24-25 octobre 2013, Rennes

ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES

Membre de l’équipe éditoriale de la revue en ligne Feuilles de Géographie, [http://www.feuilles-de-geographie.com/], depuis le lancement de la nouvelle formule, automne 2015

Présentation du projet :
La revue Feuilles de Géographie est un espace en ligne de publication de supports et de contenus pour l’enseignement de la géographie à l’Université et plus largement dans l’enseignement supérieur. A destination des enseignants de géographie, jeunes ou moins jeunes, expérimentés ou non, les Feuilles touchent tous les niveaux d’enseignement dans le supérieur (licence, master, capes, agrégation, formations doctorales et autres).
Les formats proposés sont multiples, allant des progressions complètes aux séances ponctuelles, en cours magistral ou en travaux dirigés, des exercices aux évaluations. Les publications concernent tous les champs de la géographie, de l’aménagement et de l’environnement pour des contenus thématiques et méthodologiques. Cette initiative vise à renforcer la diffusion et le partage des savoirs et des savoir-faire pédagogiques en géographie à l’université.

Organisation de séminaires de recherche ouverts au public, dans le cadre des fonctions d’ATER dans les département des sciences sociales de l’ENS de Lyon et de géographie de l’ENS de Paris

2017

Regards d’Europe, regards sur l’Europe (organisateur), ENS de Paris, présentation et programme disponibles en ligne via le lien suivant : [http://www.geographie.ens.fr/-Regards-sur-l-Europe-regards-d-Europe-320-.html] , première séance le 3 février 2017


2015

« La justice spatiale et la géoéthique, une nouvelle étape dans l’étude des territoires », invités : B. Bret et M. Drozdz (encadrant/co-organisateur/discutant), dans le cadre du Séminaire de recherche transversal au département de sciences sociales Re/lire les sciences sociales, 16 mars 2015, ENS de Lyon

Séminaire de recherche d’études européennes : "Crise en Europe, crise de l’euro, crise de l’Union Européenne (co-organisateur/intervenant), dans le cadre du M2 STADE, 12-15 janvier 2015, ENS de Lyon

2014

« La Turquie, les disparités socio-territoriales d’une puissance régionale voisine de l’Europe », invités M. Güvenç et J.-F. Drevet(co-organisateur/encadrant), dans le cadre du M2 ALTER EUROPE, 25 novembre 2014, ENS de Lyon


Membre du comité d’organisation de la Journée des Jeunes Chercheurs de l’Institut de Géographie (JIG), de décembre 2012 à avril 2014. Organisation de deux journées :

Géographie des Marges et marges en Géographie, 22 avril 2013.[https://sites.google.com/site/journeeigparis/edition-2013]

Crise(s) ? Dysfonctionnements territoriaux ou facteurs de production de l’espace ? , 10 avril 2014, [https://sites.google.com/site/journeeigparis/edition-2014]


Évaluation d’articles scientifiques pour les revues en ligne Carnets de Géographes et Géoconfluences

ACTIVITÉS ADMINISTRATIVES

Délégué des doctorants de l’Université Paris Diderot - Paris 7, auprès de l’Ecole Doctorale de Géographie de Paris, de décembre 2012 à avril 2014

Co-organisateur d’activités internes à l’UMR Géographie-Cités (« Petits Déjeuners Bibliographiques », jusqu’en 2014)

Correspondant pour le site de l’UMR, de septembre 2011 à septembre 2013

ACTIVITES d’ENSEIGNEMENT

ATER à l’Ecole Normale Supérieure de Paris - département de Géographie (temps plein) 2016-2017

Liste des enseignements :

Séminaire de recherche (M2*) : Regards d’Europe, regards sur l’Europe, URL : [http://www.geographie.ens.fr/-Regards-sur-l-Europe-regards-d-Europe-320-.html]

Prép. Agreg. (TD et corrections de dissertations) : Préparation aux épreuves écrites de géographie de l’agrégation externe d’Histoire

Prép. Agreg. (colles) : Préparation aux épreuves orales de géographie de l’agrégation externe d’Histoire

M1* (TD) : Initiation aux fondamentaux de la géographie

L3-M1* (TD) : Stage d’initiation à la cartographie assistée par ordinateur

L3* (TD) : Statistiques pour géographes - initiation aux outils d’analyse uni et bivariés

Terrain : Participation à l’encadrement d’un stage de terrain et d’intégration à Lille avec les étudiants du département

* à l’exception des cours de préparation aux concours, l’ensemble des enseignements du département de géographie de l’ENS de Paris sont accessibles à tous les étudiants de l’école, quelque soit leur niveau ou leur spécialité.

ATER à l’Université Paris Diderot-Paris 7 - UFR GHES (temps plein) 2015-2016

Liste des enseignements :

M2 ADL (CM) : Mobilités et territoires

M1 MECI (CM/TD) :Méthodes qualitatives : enquêtes et entretiens

M1 Géographie (CM/terrain) : Méthodologie de la recherche : pratiques de terrain

L3 Géographie (CM) : La ville dans les sciences sociales

L3 Géographie (CM) : Techniques qualitatives et enquête

L2 Géographie (TD) : Géographie régionale comparée

L2 Géographie (TD) : Préprofessionnalisation : métiers de la géographie, projets étudiants

ATER à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon - département de Sciences Sociales (temps plein) 2014-2015

Liste des enseignements :

Préparation aux concours d’agrégations externes de Géographie et d’Histoire

M2 ALTER EUROPE / M2 STADE / divers M2 du département de sciences sociales de l’ENS de Lyon : organisation de divers séminaires de recherches (confère activités scientifique)

M1 STADE et ALTER EUROPE (TD) : Outils et méthodes de la recherche en géographie

L3 (TD) : Initiation à la statistique et à la cartographie

Activité complémentaire : co-direction d’un Mémoire de Recherche dans le cadre du M1 STADE, ENS de Lyon.


Mission d’enseignement à l’Univ. Paris Diderot – Paris 7 - UFR GHSS 2011-2014

Liste des enseignements :

M2 IADL (Intervenant) : Techniques d’entretien, systèmes d’acteurs

M1 MECI (Cours intégré) : Modélisation graphique

L3 (TD) : Initiation aux techniques qualitatives

L1 (TD) : Initiation à la lecture et à la production d’images en géographie

L1, L2, L3 (TD) : Démographie appliquée aux sciences sociales niveau 1 : mécanismes élémentaires

THÈMES DE RECHERCHE

Représentations individuelles/collectives, attractivité, décentrage
Europe, Union Européenne, géographie politique
Etudiants, trajectoires, mobilités, pratiques
La Turquie et son voisinage


Sujet de thèse :

L’objectif de cette thèse est d’évaluer la place de la Turquie dans le Monde à partir de différentes approches du problème empruntant à la géographie régionale, la géographie politique et la géographie des représentations. Ce travail se situe dans le champ des études européennes et fait suite aux débats sur l’intégrabilité de la Turquie au lendemain des élargissements de 2004 et lors des campagnes portant sur l’adoption du Traité établissant une constitution pour l’Europe. Par conséquent une attention toute particulière a été prêtée à la question de la place de la Turquie dans le Monde, par rapport à l’objet « Europe », pris dans son sens large (et non pas seulement à travers l’Union Européenne, objet politique).

Il est effectivement courant de considérer la Turquie comme un pays situé aux portes de l’Europe, selon un certain nombre de présupposés identitaires, culturels ou de géographie-prétexte (Clerc, 2002). En choisissant d’aborder ce problème à l’aide de nos concepts et outils de géographe, notre propos n’est pas d’aboutir à une réponse univoque et catégorique sur la place de la Turquie par rapport à l’ « Europe » objet hybride et polysémique, mais de restituer les appartenances multiples de ce pays situé entre trois mondes (l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Europe, Pérouse, 2004 ; Bazin et al., 2000) tout en laissant la porte ouverte aux flous et incertitudes quand ils se présentent.
L’histoire de la politique nationale et internationale turque nous montre en effet que, bien qu’oscillant entre trois mondes (Europe, Asie-centrale et Proche-Orient – Bazin, et al., 2000), la trajectoire politique de la Turquie (tant du point de vue de sa politique interne que de sa politique étrangère) a longtemps été construite en direction du pôle européen, ce qui se ressent encore aujourd’hui à travers sa place dans les relations internationales (membre de l’OTAN, du Conseil de l’Europe, candidate à l’UE) et la faiblesse de ses relations avec ses autres voisinages (monde arabe, monde turcophone post-soviétique). Une partie de ce travail cherche donc à interroger ce paradoxe d’un pays historiquement tourné vers l’Europe mais dont l’intégration politique à cet espace ne progresse pas, comme le suggère la longue période de suspension du processus d’adhésion à l’UE.
Ce point nous conduit donc, dans un premier temps, à confronter deux approches, une première repose sur l’utilisation d’indicateurs « objectifs » assez classiques (socio-économiques, indicateurs de développement, de mesure des libertés humaines) pour parvenir à une régionalisation du Monde. Si l’intégration de la Turquie à une région européenne fonctionnelle semble assez peu discutable, son appartenance à une région homogène, construite sur la base de critères de ressemblance selon des indicateurs socio-économiques, n’est pas évidente, compte tenu des différentiels de développement au sein même de pays pourtant traditionnellement considérés comme européens. Sur ce point, l’apport d’une méthode peu utilisée en géographie régionale, telle que l’analyse factorielle discriminante, semble singulièrement adaptée à la recherche à l’évaluation des critères de cohérence de catégories intrinsèquement arbitraire et relatives (tel que l’Europe). De plus, elle permet d’obtenir non pas à un découpage univoque mais une probabilité d’appartenance à ces catégories aux limites floues : un type de résultat particulièrement adapté au cas turc du fait de ces appartenances multiples.

Alors que la première dimension de ce travail s’intéressait tout particulièrement à des questions de régionalisation floue assez classiques, la seconde partie s’intéresse à la manière dont une population turque spécifique se représentent l’Europe.
La seconde approche s’intéresse plus spécifiquement à la délimitation et à la définition de l’Europe relativement à d’autres catégories du monde, en s’intéressant cette fois-ci à ce qu’elles représentent pour les populations situées en Turquie. En partant de sources relativement classiques dans le champ des études européennes (Eurobaromètres, notamment), cette partie de notre travail se recentre sur l’analyse d’une population spécifique : les étudiants de licence de trois villes de Turquie à travers l’analyse de résultats d’enquêtes sous la forme de cartes mentales interprétatives, ou d’exercices de délimitation sur fond de carte imprimés interprétatives (Didelon, et al., 2011), permettant d’évaluer l’emprise spatiale du phénomène « Europe » relativement à d’autres. Les résultats révèlent que l’Europe constitue une région assez clairement identifiée et aux limites évidentes pour la majorité des étudiants, sauf dans le cas de deux pays spécifiques entretenant un rapport ambivalent au centre européen : la Russie et la Turquie.
Une seconde partie de ce travail sur les représentations s’intéresse quant à lui à la place de la Turquie dans le Monde dans un sens plus métaphorique, à travers une géographie de l’attractivité et de la répulsion des lieux, en termes de villes et de pays tels qu’ils sont formulés par la population étudiante mentionnée précédemment. A partir de l’évaluation de lieux par les individus, le propos est ici d’obtenir des informations sur des phénomènes de proximité ressentis entre les individus et les lieux évoqués pour parvenir à une géographie du Monde turco-centrée, sur la base de données représentationnelles.
Cette question de l’attractivité n’est pas neutre dans le cadre d’un travail sur l’Europe. En effet, alors que, du point de vue Européen, il est courant de percevoir la Turquie à travers les questions qui la lient à l’Europe et surtout à l’Union Européenne (notamment sur la question des élargissements), certains indices actuels suggèrent que les Turcs sont peut-être en phase de se détourner de ce pôle d’attraction historique. Le déploiement stratégique mis en scène par la politique étrangère turque depuis une dizaine d’années suggère que la Turquie se comporte de plus en plus comme une puissance émergente, susceptible de se créer des opportunités de coopération alternatives au processus de régionalisation européen (Nahavandi, 2012 ; Artık, 2013).
A partir de ce constat, la question est de savoir si l’Europe occupe encore de nos jours une place importante du point de vue Turc.
Pour y répondre, la première idée de ce travail est d’évaluer l’attractivité de l’Europe relativement à d’autres régions du Monde, en s’intéressant à l’analyse des préférences résidentielles d’étudiants de licence situés dans trois villes de Turquie, choisies pour leurs différences de taille et de localisation (Istanbul, Izmir et Erzurum, une ville d’Anatolie Orientale)... A partir de listes de pays et de villes attractives et répulsives recueillies grâce à des questionnaires auto-administrés, il est possible de dresser une géographie prospective du Monde qui permette de mesurer l’importance ainsi que l’évaluation de l’Europe relativement à d’autres pôles concurrents (Amérique du Nord, BRICS).
En comparant les résultats d’une première enquête internationale menée durant l’hiver 2009 et d’une seconde, propre à la thèse, au printemps 2013, une partie de la thèse cherche également à évaluer la manière dont évoluent ces représentations dans le temps, à un moment charnière dans le voisinage turc (« crise » économique en Europe occidentale, printemps arabes, crise syrienne…).

L’ensemble de ce travail met en dialogue différentes formes de collecte de données ainsi que diverses formes de traitement et d’analyse des divers matériaux ainsi obtenus. Il combine des éléments propres au champ des méthodes dites quantitatives aussi bien que qualitatives, dans la mesure où les enquêtes par questionnaire ont été triangulées par une phase d’enquête sur la base d’entretiens semi-directifs lors d’un séjour sur le terrain au printemps 2012.
Les entretiens avaient pour objectif de saisir des trajectoires individuelles d’étudiants afin de faire le lien entre les pratiques socio-spatiales de ces étudiants (pratiques culturelles, mobilités) et leurs représentations de l’Europe et du Monde.
Une partie importante de la réflexion méthodologique portait sur des questions liées aux méthodes ou techniques d’enquête, dans la mesure où la mise en place d’une deuxième phase d’enquête par questionnaire devait permettre la comparaison avec la première phase issue d’une enquête internationale (Eurobroadmap – Didelon et al., 2012), tout en y introduisant des éléments spécifiques au cas turc.
En ce qui concerne le traitement des enquêtes par questionnaire, différentes techniques sont utilisées : le recours aux outils de la statistique textuelle, de l’analyse exploratoire de données (analyse factorielle) et des formes de modélisation. La cartographie est utilisée comme méthode d’analyse, mais aussi comme objet d’étude à travers le recours à un traitement des « cartes mentales » (exercices de délimitation) par digitalisation des tracés assistée par ordinateur (SIG, analyse spatiale).
Ces diverses techniques ont pour ambition de croiser les échelles d’analyse (du niveau agrégé au niveau de l’individu statistique et qualitatif) afin de limiter des interprétations trop monolithiques d’un problème complexe : l’Europe n’est pas un objet consensuel, même dans le cas d’une population que le qualificatif d’ « étudiant » ne suffit pas à rendre homogène. Tout en se rattachant à des questions générales de géographie politique, l’ambition de ce travail est de maintenir cette tension entre les représentations dominantes révélées par l’analyse des agrégats et les facteurs individuels de divergence vis-à-vis des représentations du plus grand nombre, qu’ils soient d’ordre sociodémographique (sexe, formation intellectuelle, revenu) ou géographique (ville d’enquête). Ce travail de régionalisation critique plaide en faveur d’une géographie du floue susceptible de laisser sa place à l’incertitude et à la complexité dans sa manière d’appréhender les catégories géographiques.

Bibliographie sélective
Artık, Ö, 2013, “La Turquie : retour au Moyen-Orient”, Hérodote, n°148, 1er semestre 2013, La découverte, pp. 33-46 ; Bazin, M., Kançal, S., Perez, R. and Thobie, J., (dir.), 2000, La Turquie entre trois mondes : actes du colloque international de Montpellier, 5, 6 et 7 octobre 1995, Paris, L’Harmattan, 450 p Clerc, P., “Turquie : la géographie-prétexte”, Le Monde, 19 novembre 2002 ; Didelon, C, de Ruffray, S., and, Grasland, C., 2001, “Volume 2 : Introduction”, Cross Country Synthesis on Survey (deliverable 2.6 of the Eurobroadmap survey), dec. 22. 2011, pp. 34-59. Didelon, C, De Ruffray, S, Boquet, M., et, Lambert, N., 2011, « Un monde d’interstices, Apport de la logique floue pour l’analyse des cartes interprétatives », Comité Français de Cartographie, n° 209, septembre 2011, pp. 71-82., Nahavandi, F., (dir.), 2012, Turquie. Le déploiement stratégique, Paris, Bruylant, 285 p. Grataloup, C., 2009, L’Invention des continents : comment l’Europe a découpé le Monde, Paris, Larousse, 224 p, Perouse, J.-F., 2004, « La Turquie est-elle intégrable ? Quelques réflexions sur des frontières de part et d’autre imaginées », Outre-Terre, 2004-2, n°7, Le Bouscat, Esprit du Temps, pp. 355-374.

Mémoire de Maîtrise :

Ces perspectives de recherche font suite à un mémoire de Master 1 portant sur les mobilités et représentations d’étudiants palestiniens en France et dans les Territoires Palestiniens Occupés (travail sur la base de 50 entretiens réalisés en France et en Cisjordanie au printemps 2009) : Espaces d’incertitude, étude de la mobilité des étudiants palestiniens à destination de la France, Mémoire de Maîtrise, Université Paris 1, sous la direction de Jean Gardin (Univ. Paris 1) et Mohammed Raouf Saïdi (UMR Ladyss) - disponible auprès de l’auteur

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Date de mise à jour : 25 janvier 2017

 
 

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