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La Poste

La Poste aux Lettres et son assise territoriale : bureaux de poste et équipement 166-2000

Durée : 2010-2013

Direction : Nicolas Verdier et Marie-Vic Ozouf-Marignier

Le projet sera mené sous la responsabilité Nicolas Verdier Chargé de recherche au CNRS (UMR 8504) Géographie-cités, porteur du projet, et de Marie-Vic Ozouf-Marignier, directeur de recherche à l’EHESS (UMR 8558 Centre de Recherche Historique).

Contexte des recherches
Ce projet prend place dans un double contexte sociétal. Le premier contexte celui d’une « désertification », telle qu’elle est nommée par exemple par l’Association des Maires de France, d’une partie du monde rural dans le cadre des services publics traditionnels relevant de l’Etat, stricto sensu régalien ou non, sur lesquels se fondaient traditionnels les principes républicains d’égalité et de citoyenneté, et relevant l’équité et la continuité : on constate bien la prégnance des débats sur les tribunaux, les hôpitaux, l’école… et le bureau de poste.
Dans le cas de la Poste aux lettres, le service relevant de ce service public est désormais dit "universel" sous l’influence de la dérégulation européenne des réseaux, ce qui signifie qu’il doit être assuré « dans le respect du principe d’égalité et de continuité, il garantit des services postaux, de manière permanente et sur l’ensemble du territoire national, à tous les usagers ». Ce contexte est celui de la libéralisation actuelle des réseaux, qu’illustre la loi de régulation postale de mai 2005. Celle-ci organise les modalités de la concurrence et de la régulation dans la distribution du courrier. La tension est évidente entre un service public sur l’ensemble du territoire dont le coût va, au mieux, rester constant, alors que du fait de la concurrence, les parties les plus rémunératrices de l’activité passeraient dans le secteur privé : cette prévision pourrait ramener le service postal du courrier à un modèle oublié du XVIIIe, qu’étaient les petites postes.
Or, le réseau postal tel que nous le connaissons encore en partie au début du XXIe siècle est l’héritage d’une histoire longue qui n’est pas exempte de ce type de tensions. Prenons par exemple le début de la période contemporaine : la Révolution et ses bouleversements, la distribution du courrier tous les deux jours dans toutes les communes à partir de 1830, l’adoption du tarif unique en 1848 sont autant d’exemples des mutations profondes que la Poste a eu à affronter. Chaque fois, des solutions innovantes ont été proposées, qui font de cette institution l’un des laboratoires français de la pensée du territoire.
Car le bureau de poste est un catalyseur des synergies ou des luttes, un élément de frictions et d’enjeux locaux. Il est initialement le produit des velléités administratives d’une organisation qui doit occuper le territoire, mais aussi capter des recettes alimentant le Trésor. Il devient le guichet administratif d’un Etat qui par le canal des PTT souhaitent acculturer les Français à la correspondance, au développement culturel et économique, à l’épargne. Il évolue ensuite la vitrine d’une administration qui tend vers le modèle entrepreneuriale, qui cherche à rationaliser et optimiser. Mais à ces évolutions analysées à partir de l’histoire globale de la Poste, qu’apporte la géographie – historique pointée sur le bureau de poste et son implantation ? Quelles logiques spatiales, quelles influences économique, démographique, technique, agissent ?
Le contexte second est celui des travaux de sciences sociales se situant entre les approches historiques, géographiques et économiques. Dans le monde anglo-saxon, l’Historical Geography s’est depuis longtemps imposées. Ainsi, au Royaume Uni, les travaux d’Henry Clifford Darby puis ceux d’Alan Baker ont permis à cette « interdiscipline » de se constituer autour du désormais fameux Journal of historical geography. En France, malgré l’existence d’une géographie historique qui a produit des ouvrages de référence, les travaux liant les deux disciplines restent marginaux. L’histoire des relations entre les deux disciplines explique pour partie cette faible interrelation. L’arrivée de l’analyse spatiale, issue principalement de la géographie américaine (travaux de Haggett et Chorley) passe ainsi pratiquement inaperçue chez les historiens. L’un des seuls à utiliser ces méthodes est Bernard Lepetit, mort en 1996. Ce n’est que depuis une petite dizaine d’années que des intérêts croisés émergent à nouveau, le plus souvent sur des objets restreints.
Quant à l’histoire des réseaux territoriaux, en dehors de travaux anciens comme ceux d’André Guillerme et de Guy Arbellot, voire ceux de Bernard Lepetit dans une partie de son travail sur les villes de France, rares sont les recherches à avoir traité de ce dossier. Le plus souvent l’approche se limite à une comparaison de cartes anciennes, comme dans le cas d’Arbellot, mais aussi de J. Bravo-Garcia, voire à la fin des années 1980 dans le premier volume de l’Atlas de la Révolution française dans la comparaison de cartes construites sur des données anciennes. Des études récentes liant histoire des réseaux techniques et analyse spatiale ont montré tout l’intérêt d’une recherche sur les réseaux techniques. Les travaux d’économie spatiale et d’économie des réseaux se sont de leur côté penchés sur les "effets de réseaux" qui démultiplient l’action des systèmes de transport, influençant le fonctionnement d’autres activités et affectant dès lors des espaces économiques plus vastes. Ce courant s’inscrit dans une attention renouvelée en économie à la dimension spatiale en réaction contre la théorie des marchés parfaits qui raisonnait dans le cadre de relations anonymes et isotropes. La théorie des graphes, élément fort de l’approche sociologique des réseaux se développe en économie dans les années 1990, achevant de rapprocher ces problématiques de celles de la géographie, comme dans le cas de travaux relatifs à la période très contemporaine. Lier dans une approche interdisciplinaire des travaux d’économie des réseaux articulés à des recherches sur l’équité territoriale, ainsi que de travaux d’histoire économique relatifs la lente élaboration du marché économique en France, et pour finir de géographie de l’accessibilité par le réseau devrait permettre de mieux comprendre les mutations territoriales de la France qui articulent équipements et déséquipements.

Méthodologie proposée

La méthodologie proposée se concentrera sur deux objectifs.
D’abord, il s’agit d’opérer une analyse spatiale historique. Par analyse spatiale historique nous entendons une analyse spatiale procédant par comparaison entre dates pour tenter de comprendre la nature des évolutions reliant les dates. L’analyse spatiale pratiquée sera principalement une analyse des réseaux, utilisant les méthodes classiques (description topologique, plus court chemin selon différentes méthodes relatives à ses propriétés circulatoires, délimitation de sous-réseaux selon les méthodes proposées par J. F. Gleyze dans ses travaux sur la vulnérabilité des réseaux, mais aussi calculs de l’accessibilité en tout point du territoire vers tout point du territoire par le réseau tel qu’il existe). L’analyse des répartitions se fera par réduction de l’information et le passage par un carroyage fin du territoire (voire par l’utilisation des grilles administratives pour la période contemporaine), et par des calculs d’équirépartition (Schimbel par exemple). Au-delà de cette approche relativement classique, cela même si peu d’études (Cattan et Grasland ; Gleyze) ont développées des travaux à l’échelle de la France, c’est à une approche diachronique des phénomènes que l’étudiant se consacrera. L’analyse historique de ces réseaux sous-entend le développement d’outils en partie déjà constitués lors de la recherche sur la Poste aux Chevaux (Verdier, Verdier Bretagnolle), qui passe par la comparaison des structures et des répartitions, ainsi que par une analyse des dynamiques des réseaux. L’objet visera non seulement à comprendre les modalités des croissances et décroissances, mais encore la façon dont ces processus affectent les équilibres des répartitions et des accessibilités, tant au niveau régional que national. Cette ensemble de données ne sera pas pour autant analysée sans être reliée à une analyse des discours, qui se concentrera sur l’étude des textes décrivant les politiques d’équipement et de déséquipement de la France, et qui permettront de mieux comprendre les phases de croissance et de repli des différentes institutions.

Le second élément de l’étude relève d’une étude des usages et des pratiques inhérentes au bureau de poste. Ce dernier, dans la façon dont il est constitué au milieu du XVIIIe siècle et dans le profil selon lequel il se présente en 1900, n’est a priori pas le même. Les services postaux se sont enrichis, le bureau de poste a absorbé cet enrichissement. La sociologie contemporaine s’est déjà intéressée (E. Delahaye 2009 ; travaux de la Mission Recherche de La Poste) à la relation établie entre guichetier / client : mais rien de précis, peu d’éléments sur la relation ancienne présidant de longtemps au relation postier / usager… Sous un autre angle, mais dans une optique pas si éloignée que cela de notre objet, l’histoire de l’architecture, dans un courant neuf et dynamique (E. Marantz-Jaen 2006 ; G. Lambert 2007), n’omet plus le bureau de poste : symbolique du lieu, politique architecturale, monumentalité et insertion dans l’espace public, le bureau de poste, ne serait-ce que parce qu’il est utile à la voie postale en étant largement présent, dispose aussi d’autres visages.

Éléments bibliographiques

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Bravo-Garcia Jacqueline, 1970, Cartographie de la poste aux lettres au milieu du XVIIIe s, maîtrise, Paris IV, 1970.
Cattan Nadine et Grasland Claude, 1997, Les différentiels d’accessibilité des villes moyennes en France, Rapport au ministère de l’Équipement.
Cohendet Patrick, Kirman Alan et Zimmermann Jean-Benoit, "Émergence, formation et dynamique des réseaux, modèles de la morphogenèse", Revue d’économie industrielle, 2003, n° 103, 15-42.
Conchon Anne, 2001, "Des territoires du privilège à la formation d’un espace économique national : les métamorphoses du péage au XVIIIe siècle", Workingpaper, Institut Universitaire Européen, Florence, 2001, 7 p.
Conchon Anne, 2002, Le péage en France au XVIIIe siècle. Les privilèges à l’épreuve de la réforme, Paris, CHEF, 2002.
Conchon Anne, 2008) "Les transports intérieurs sous la Révolution : une politique de l’espace", AHRF, 2008, 5-28.
Dupuy Gabriel, 1993, "Géographie et économie des réseaux", L’espace géographique, n°22-3, 207-209.
Dupuy Gabriel et Curien Nicolas, 1996, Réseaux de communication, marchés et territoires, Paris, Presses de l’ENPC, 1996.
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Lepetit Bernard, 1986, "L’impensable réseau, les routes françaises avant les chemins de fer", Cahiers du Groupe Réseau, n°5, 12-29.
Lepetit Bernard, 1988, Les villes dans la France moderne (1740-1840), Paris, Albin Michel.
Patrick Cohendet, Alan Kirman et Jean-Benoit Zimmermann, 2003, "Émergence, formation et dynamique des réseaux, modèles de la morphogenèse", Revue d’économie industrielle, n° 103, 15-42.
Marchand Patrick, 2006, Le maître de poste et le messager. Les transports publics en France au temps des chevaux, Paris, Belin, 366 p.
Richez Sébastien, 2009, Postes et postiers en Normandie. Témoins des transformations nationales, (1830-1914), Paris, L’Harmattan, 330 p.
Trannoy Alain, 2007, "Équité territoire, acceptabilité et grandes infrastructures de transport", in : Joel Maurice et Yves Crozet, Le calcul économique dans le processus de choix collectif des investissements de transport, Paris, Economica.
Verdier Nicolas, 2002, "Poste et territoires : évolution de la pensée du territoire chez les administrateurs de la Poste au XIXème siècle", in : Le Roux (dir), Histoire de la poste. De l’administration à l’entreprise, Editions rue d’Ulm, 61-86.
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Date de mise à jour : 13 décembre 2010

 
 

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